
J'étais à nouveau seul, dans cette chambre noire, une bouteille de vodka presque vide posée sur la table me narguait.
La cheminée était froide, m'avait elle jamais réchauffée ?
Personne et j'avais envie de crier, mais, désormais muet, mon hurlement intérieur me déchirait l'âme.
Une horloge à pendule rythmait cette absence, somnolence.
La poussière sur les lattes du parquet s'accumulait, comme un tapis de neige recouvrant le temps qui passe.
Une chaise à bascule dans un coin se mit en mouvement, un viel homme
fumant la pipe, grand-père, apparition fugace, se balançait. La pipe
tourna la tête vers moi et me tendit la main, évaporée en fumée, se
dispersa dans la pièce. Il n'y avait plus rien, uniquement mon coeur
qui balance au rythme des secondes s'enfuyant comme le mirage.
Je me levai alors, me dirigeais vers la cheminée, une glace y était posée, alors je regardais.
La pièce était plus claire dans cette image, un enfant jouait, assis
par terre, il riait, une femme d'une infinie bonté le pris dans ses
bras.
Le reflet alors se troubla, le mercure avait dévoilé ses secrets.
Les murs perdaient de la consistance, cette maison de mon enfance s'enfuyait.
Il ne restait plus que la cheminée maintenant, une épaisse fumée
blanche s'en échappait pour aller rejoindre les nuages.
Elle connaissait tous mes secrets, brûlés dans l'âtre, évanouis dans l'espace.
Elle est en moi maintenant, la maison-dieu.
J'étais à nouveau seul, dans cette chambre noire, le soleil essayait de
se frayer un passage au travers du volet, éclairant le sol lisse devant
moi, m'indiquant la voie.

Je pris l'ascenseur qui me ramena en surface.
Une nymphe me tend la main ...
J'ai toujours eu envie de visiter Orion,
j'avais repéré un petite planète entre betelgeuse et rigel, certes
l'indication est un peu vaste mais nous ne sommes pas ici pour être
pertinent.

Les scientifiques ayant participé de peu ou de loin à la mise au point
de la téléportation et ce jusqu'au 6ème niveau de parenté ainsi que
tous les voyageurs ayant fait le saut furent brûlés en place publique
afin de bien marquer aux esprits sur l'illégalité de la chose.
Je n'osais respirer de peur qu'il n'y ait pas d'air et de peur de ne pas avoir très bien compris ce que je venais de dire.
Il fait noir, il fait rien, vide de matière, vide de temps.
Il n'y avait pas un bruit à part celui de mes pas résonnants comme dans un corridor vide.
La première fois que j'ai été détruit c'est quand je suis né, on peut
parler d'une sorte de téléportation, d'un état de pré-être à celui
d'être.
Cette rencontre avec Dieu m'avait troublé, je suis resté plusieurs semaines dans une sorte de torpeur hallucinatoire.


Je me rapprochai alors de mon reflet, je pouvais voir des sortes
d'interférences, je pouvais même voir au travers de moi.
Je ne suis pas un mystique, je suis athée et de la branche dure en plus
de ça, pourtant, je sais maintenant qu'il existe autre chose, je sais
qu'il existe d'autres niveaux de consciences, je sais qu'il existe
d'autres êtres qui ne sont pas forcément bienveillant pour l'humanité,
ni malveillant d'ailleurs.
Octobre 2135,
Je ne saurais trop comment l'expliquer car cela est tellement
incroyable que vous me prendriez pour un fou, et vous n'auriez pas
entièrement tort car tel est mon destin, cette machine m'a rendu fou.
Je ne m'attendais vraiment pas à découvrir qu'un jour je sois fou.
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